(Salle F05)
Fristalon, Isabelle
(Dép. de Psychologie, Univ. Genève)
« Usages du corps » et construction anamnestique :
la prise en charge infi rmière d’un patient
aux urgences
Si la consultation médicale et la relation médecin-patient ont déjà fait
l’objet de nombreuses études (notamment Heath 1993, Lacoste 1993,
Vaysse 1993), la relation soignante infi rmière-patient dans le cours de
l’action de soin l’a été beaucoup moins et demeure actuellement encore
largement sous exploitée et sous étudiée. La spécifi cité de ce type de
relation est encore souvent à discuter.
Dans cette communication appuyée sur une recherche en cours, nous nous
centrerons sur les rapports entre les « usages du corps » et la construction
de l’anamnèse telle qu’elle peut être menée par une infi rmière dans le
cadre de sa prise en charge de soin. Le terme d’anamnèse, entendu
classiquement comme l’ensemble des renseignements que le médecin
recueille en interrogeant le malade sur l’histoire de sa maladie, est ici
par extension transposé à la pratique infi rmière.
Nous aborderons cette problématique de la construction anamnestique
et des usages du corps à partir de l’analyse de l’enregistrement audio/
vidéo d’une prise en charge de patient réalisée par une infi rmière dans
une service d’urgences d’un grand hôpital genevois. Dans cette séquence
fi lmée, un patient âgé, accompagné de sa femme, vient consulter aux
urgences pour des plaintes multiples (état fébrile, vomissements etc.).
Il est accueilli et pris en charge par l’infi rmière, qui tout en procédant
aux premiers bilans sanguins s’enquiert de son histoire et l’interroge
longuement sur ses symptômes.
A travers cette situation concrète de prise en charge, nous inter-rogerons
le rapport qui est fait entre un certain usage du ou des corps (celui du
patient et / ou de l’infi rmière elle-même) et la nature de l’urgence qui
détermine le mode de prise en charge. Nous analyserons le rôle du rapport
au corps dans l’élaboration de l’anamnèse, dans la compréhension du
problème et de l’histoire du patient (Strauss 1992). Nous examinerons
en quoi le corps, à la fois psychologique et social, devient un instrument
d’élaboration de l’histoire du patient, dans le cadre complexe d’une
situation où se mêlent plusieurs activités de soins parfois concurrentes.