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Filliettaz L. (coord) : Gestualité, corporéité et multiactivité dans les interactions en situation de travail - PAN [x/19]

Panel presentation

Vendredi 17 juin- 10h30-12h00
(Salle F05)


-  Filliettaz, Laurent (Coordinator) Dép. de Psychologie, Univ. Genève

Gestualité, corporéité et multiactivité dans les interactions en situation de travail

Qu’elle soit thématisée comme telle ou convoquée de manière implicite, la notion de « multiactivité » joue incontestablement un rôle de première importance dans les théories de l’interaction et les champs disciplinaires qui y contribuent. Dans son modèle du cadrage de l’expérience, Goffman (1991:34) rappelle par exemple que l’interprétation de la réalité nécessite bien souvent la mobilisation d’une pluralité de « cadres » ou « prémisses organisationnelles ». En complément à cette affi rmation, il observe que certaines situations d’interaction
-  telles des réceptions ou des cocktails - se structurent autour d’une pluralité de « foyers », qu’elles « sont constituées de noyaux distincts ou de groupes d’interaction verbale », et qu’elles sont donc, de ce point de vue, « mulifocalisées » (voir Goffman 1973:105). Dans une perspective à certains égards différente, Habermas (1987) montre pour sa part que le fonctionnement des formes communicationnelles d’actions sociales doivent être considérées comme intrinsèquement multidimensionnelles dans le sens où elles ne se ramènent pas à des processus téléologiques (i.e. l’orientation de moyens vers des fins), mais comportent également des implications à la fois normatives et dramaturgiques qui ne doivent pas être ignorées. Cet ensemble disparate de propositions permet de rendre compte d’une réalité empirique aujourd’hui largement thématisée dans les recherches contemporaines sur l’interaction : les situations d’interaction s’organisent bien souvent autour d’une imbrication d’enjeux ; les interactants s’orientent dans des confi gurations de participation instables, dans lesquelles ils font bien souvent plus d’une chose à la fois ; les interactants négocient conjointement les conditions de leur participation à ces confi gurations d’actions complexes. C’est cet ensemble de manifestations que nous regroupons autour de la notion de « multiactivité », et à propos desquelles nous souhaitons questionner les ressorts non verbaux et plus spécifi quement gestuels/corporels. Les interactions verbales et non verbales attestées en situation de 178 http://gesture-lyon2005.ens-lsh.fr travail n’échappent pas à cette logique de la multiactivité. Comme n’ont pas manqué de le souligner plusieurs travaux récents, les interactions professionnelles font souvent l’objet d’un cadrage complexe et stratifi é, dans lequel s’imbriquent des pratiques multiples, qui agissent comme des déterminations hétérogènes sur le déroulement de l’interaction (voir Joseph 1995 ; Burger & Filliettaz 2002 ; Filliettaz & Plazaola Giger 2004). De plus, ces situations reposent dans bien des cas sur des formats de participation instables, dans lesquels l’éclatement de l’activité suppose, de la part des travailleurs, une capacité de réorienter en permanence leurs foyers d’attention (voir Grosjean & Lacoste 1999 ; Mondada 2004 ; Filliettaz 2004). Dans le prolongement des considérations ci-dessus, le présent atelier vise à décrire et à mieux comprendre le rôle des conduites gestuelles et plus généralement de la dimension corporelle de l’interaction dans la manière dont les individus s’orientent dans les confi gurations d’actions complexes et instables dans lesquelles ils se trouvent engagés. Plus particulièrement, les contributions regroupées ici thématiseront l’un ou l’autre des axes suivants : § les statuts sémiotiques variables dont jouissent les conduites corporelles dans la réalisation collective des activités de travail  ; § les rapports complexes que ces conduites corporelles entretiennent avec les mécanismes verbaux ; § les fonctions multiples que ces conduites corporelles assument dans les mécanismes de coordination de l’action en général et dans l’accomplissement des processus de contextualisation en particulier. Les données empiriques sur lesquelles se fondera l’atelier émanent de pratiques professionnelles variées : l’enseignement des langues en milieu scolaire ; la conduite de chantiers ; la relève de poste en milieu industriel ; les interactions de soins en milieu hospitalier. Elles consisteront en des enregistrements audio-vidéo présentant des travailleurs engagés dans la réalisation d’une tâche collective et serviront de point de départ à une approche multimodale des processus d’interaction.